Concilier sport de haut niveau et études supérieures : mon retour d'expérience

Publié le 22 décembre 2025
par Thomas Chirault

Concilier sport de haut niveau et études supérieures : mon retour d'expérience

Double carrière : comment concilier sport de haut niveau et études supérieures ? Mon parcours, de l'INSEP à Polytech Sorbonne, prouve que l'excellence sportive et scolaire est possible.

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Le double défi : viser le podium olympique et un diplôme d'ingénieur

Faut-il sacrifier ses études au profit d'une carrière sportive ou, à l’inverse, mettre sa passion entre parenthèses pour assurer son avenir ? Cette question, chaque athlète et sa famille se la posent un jour. Pour ma part, j'ai tout de suite refusé de choisir. Je me suis vu comme un compétiteur sur deux terrains : celui du tir à l'arc, avec la médaille Olympique en ligne de mire, et celui, tout aussi exigeant, des études pour devenir ingénieur.

Certain m'ont dit que c'était impossible, mais j'y ai vu le plus beau des défis. Mon but aujourd'hui est de partager ce parcours, non pas comme une histoire extraordinaire, mais comme un retour de mon expérience. Je veux vous montrer concrètement les obstacles que j'ai dû surmonter, les solutions qui ont rendu ce projet possible, et enfin, les clés personnelles qui, selon moi, font toute la différence. Alors, suivez-moi, je vous emmène dans les coulisses de cette double aventure.

Un mental de champion, sur le pas de tir comme sur les bancs de l'école

Mon parcours à double vitesse commence véritablement en 2016. Mon bac scientifique en poche, j'intègre l'INSEP, et c'est un choc. Je comprends très vite une chose qui va devenir le socle de tout mon projet : on dit souvent qu'il faut « concilier sport et études », mais la réalité du très haut niveau est tout autre. Ce sont bien les études que l’on concilie avec le sport, et non l'inverse. La carrière sportive, avec ses entraînements quotidiens, ses stages et ses compétitions, dicte la majeure partie de notre vie. Comprendre cet ordre de priorité n'était pas un renoncement, mais simplement la seule manière de pouvoir tout mener de front. C'était la règle du jeu à accepter pour pouvoir jouer sur les deux tableaux.

L'idée de devenir ingénieur pour ma "deuxième vie" m'était venue pendant ma terminale au pôle France de Dijon. C'était un projet ambitieux, et beaucoup me le faisaient sentir. Mais j'ai toujours fonctionné comme ça : me dire qu'un objectif n'est pas « compatible » avec mes ambitions sportives, c'est me donner une énergie folle pour prouver le contraire. Ce n'était plus un simple projet professionnel ; c'était devenu un défi personnel, une question de principe. J’avais à cœur de me prouver que c'était possible.

Concrètement, le chemin n’était pas tout tracé. La voie royale, la classe prépa, n'était pas une option réaliste avec les contraintes du haut niveau. J'ai donc dû trouver une autre stratégie. J’ai appris qu'une passerelle existait via une licence ou un DUT, mais avec une condition majeure : il fallait se classer parmi les meilleurs de sa promotion pour espérer obtenir une des rares places. Pour moi, cette contrainte s'est immédiatement transformée en opportunité. Une compétition ? Un classement à atteindre ? Il ne m'en fallait pas plus pour allumer la flamme. Mon choix était fait : j'ai abordé la licence de chimie comme une nouvelle épreuve à remporter, en voyant dans ce parcours une formidable occasion de transformer l'obstacle en tremplin.

Les défis concrets du double projet : quand le calendrier sportif percute le calendrier universitaire

La réalité du terrain s'est vite révélée complexe. Pendant que je m'épanouissais sur le plan sportif à l'INSEP, les obstacles scolaires se sont multipliés, me forçant à une adaptabilité permanente et épuisante. Il ne suffisait pas d'avoir un grand rêve ; il fallait aussi survivre à la logistique quasi-insurmontable qu'il impliquait.

Mes performances sportives ont littéralement explosé dès ma première année en région parisienne. C'était une immense satisfaction, mais cela a aussi été la source de mes plus grands défis universitaires. Concrètement, mes semaines étaient une succession de pas sur une slackline :

  • Une gestion du temps poussée à l'extrême : Le statut de sportif de haut niveau implique des dizaines de semaines d'absence par an. Je pouvais passer d'une semaine de stage intensive à une Coupe du Monde aux États-Unis, pour enchaîner sur une autre compétition à l'autre bout du globe. En 2017, une année charnière, nous avons décroché la médaille d'argent par équipe aux Championnats du Monde à Mexico. Un moment inoubliable, mais pendant ces réjouissances, les cours et les travaux pratiques, eux, continuaient sans moi, creusant un peu plus le fossé à chaque voyage.

  • Un mode « rattrapage scolaire » permanent : Revenir de compétition, c’était bien souvent passer quasi-directement de l’aéroport aux bancs de l’école pour des sessions d'examens spécialement organisées pour moi. Le défi n'était pas seulement de mémoriser les cours manqués, mais de basculer mentalement, de retrouver un rythme scolaire et une concentration d'étude après la tension et l'adrénaline des compétitions internationales. Cet exercice de jonglage constant était très formateur pour mon sport.

  • La différence de niveau entre la licence et l'école d'ingénieur : La plus grande marche, je l'ai sans doute gravie en intégrant l'école d'ingénieur Polytech Sorbonne. Le choc a été immédiat. Sur une promotion d'une trentaine d'étudiants, nous n'étions qu'une poignée à ne pas être issus d'une classe prépa. La différence de niveau s'est manifestée de manière brutale, particulièrement pendant les cours de math. Je me souviens de cette sensation d'être complètement perdu, de regarder l'enseignant écrire et parler en mathématiques (parce que oui c'est possible) et de me dire que je n'y arriverais jamais. Le doute s'est installé : avais-je vraiment ma place ici ? Ce sentiment, proche du syndrome de l'imposteur, aurait pu être paralysant. Mais après le choc initial, mon esprit de compétiteur a repris le dessus. L'objectif était clair : réussir coûte que coûte. Il ne s'agissait pas forcément de passer plus d'heures à étudier, mais d'appliquer la même discipline et la même rigueur qu'à l'entraînement. Chaque notion assimilée, chaque exercice réussi était une petite victoire dans ce marathon pour me hisser au niveau requis.

L'alliance indispensable : comment les institutions s'adaptent pour soutenir l'athlète

Face à un emploi du temps d’acrobate, on pourrait imaginer une lutte solitaire. Celle d’un athlète contre un système rigide. Mais ce double projet n’a jamais été une course en solo. Au contraire, sa réussite repose entièrement sur une alliance solide et une collaboration continue, un véritable écosystème où chaque partie joue un rôle indispensable.

Cet écosystème reposait sur plusieurs piliers. D’un côté, l’INSEP, qui validait la légitimité de mes contraintes et apportait un soutien XXL. De l’autre, les institutions académiques, qui ont accepté de voir mon projet non comme une contrainte, mais comme une opportunité. Et au milieu, il y avait moi, l’athlète, dont le rôle était de prouver par mon engagement et ma rigueur que leur pari sur moi était justifié.

Dès mes premières années à l’université, j'ai eu la chance d'être accompagné par Sorbonne Université et leur référent SHN. Ils m'ont accordé leur confiance. Concrètement, au début de chaque semestre, je rencontrais les responsables pédagogiques. Ensemble, tels des architectes, nous construisions mon emploi du temps sur-mesure. Il fallait piocher dans des cours de différentes années, s’assurer de la cohérence du parcours et d'anticiper mes absences pour les compétitions et les stages. Ce n'était plus à moi de m’adapter entièrement à l’université, mais c’était une construction commune, un dialogue constant pour prouver la faisabilité du projet.

En arrivant en école d'ingénieur à Polytech Sorbonne, la donne a changé. L'environnement était, par nature, moins flexible avec une seule promotion par spécialité. Paradoxalement, c'est là que le soutien est devenu le plus pointu et le plus crucial, notamment avec l’appui de l’INSEP qui faisait le lien. J'ai donc poursuivi et approfondi le dialogue que j'avais déjà initié à l'université. Il a fallu passer plus de temps à analyser les besoins pour identifier les solutions les plus pertinentes. Cette collaboration fine a permis de créer un dispositif « haute couture » essentiel à ma réussite. Concrètement, cet accompagnement s’est traduit par une palette incroyable de solutions adaptées :

  • Des cours en distanciel qui me permettaient de ne pas perdre complètement le fil pendant mes déplacements.
  • Un tutorat personnalisé, notamment pour combler mes lacunes en mathématiques et me mettre au niveau des étudiants issus des prépas.
  • La présence d’un preneur de notes en cours, pour toutes les sessions que je manquais.
  • Le report systématique des examens que je ne pouvais passer, souvent organisés rien que pour moi à mon retour.
  • Le déplacement des séances de travaux pratiques (TP) obligatoires, repositionnés dans mon calendrier complexe.
  • La possibilité de reporter mes stages longs obligatoires en toute fin de cursus pour ne pas handicaper ma préparation Olympique.

La liste est longue, et j'en oublie sûrement. Mais ce qu'il faut retenir, c'est que toutes ces mesures n'ont pas été un droit, mais le fruit d’un pacte de confiance gagné et entretenu année après année. Mon école me donnait les moyens de réussir, et en contrepartie, je me devais d’être irréprochable dans mon travail, ma communication et ma discipline pour honorer cet engagement. Cet indispensable soutien a lissé les obstacles, mais rien n’aurait été possible sans une volonté de fer pour actionner tous ces leviers.

Au-delà des aménagements : les qualités personnelles qui font la différence

L'écosystème bienveillant dont j'ai bénéficié a sans aucun doute été le catalyseur de ma réussite. Mais je pense sincèrement qu'un soutien, aussi exceptionnel soit-il, reste stérile s'il n'est pas activé par une discipline et une détermination sans faille. L'aide institutionnelle fournit la carte et la boussole, mais c'est bien à l'athlète de marcher, jour après jour, en gardant le cap dans la tempête. Pour y parvenir, j'ai dû développer des qualités qui allaient bien au-delà de la simple volonté.

La planification est devenue mon premier levier de performance. La « confection », comme j’aimais l'appeler, de mon emploi du temps au début de chaque semestre relevait de l’horlogerie. Ce n’était pas juste placer des cours dans un calendrier ; c'était un exercice de stratégie purement intellectuelle. J'analysais la difficulté des matières et mes contraintes sportives prévisionnelles afin de créer un chemin logique. Cette planification intelligente était capitale, car il m'est très souvent arrivé d'être « à cheval sur deux années à la fois », jonglant avec des prérequis de cycles différents qu'il fallait suivre dans le bon ordre.

Cette souplesse n'aurait rien donné sans ma capacité à profiter activement des moments plus calmes au niveau sportif. Plutôt que de les voir comme des pauses, j'ai transformé les périodes un peu creuses en sprints scolaires. Quand mon corps pouvait enfin souffler, ma tête prenait le relais : il fallait identifier la moindre opportunité dans le calendrier universitaire pour être capable de mettre un coup de boost côté études quand la période le permettait. Il ne s'agissait pas de subir un rythme, mais d'imposer le mien.

Au fond, toutes ces compétences – planification, adaptabilité, discipline – sont le miroir de ce que j’ai toujours pratiqué dans ma carrière sportive. L'approche est la même, l'exigence aussi. Tout le dispositif sur mesure n’aurait été qu’un soutien qui n'aurait pas porté ses fruits sans cette volonté farouche de prouver, chaque jour, que la confiance de mon école et de mes encadrants était méritée. Cette attitude était la clé essentielle pour transformer ce marathon en une course victorieuse.

La double consécration : médaillé Olympique et ingénieur

Un jour, une nouvelle inattendue est arrivée de la part de mon responsable de formation, à l'issue du dernier semestre du cycle ingénieur : j'étais major de promotion.

Ce n'était absolument pas un objectif que je visais, mais l'annonce a été un choc, suivi d'une immense fierté. C'était la consécration d'un marathon de presque 10 ans. Plus qu'une fierté personnelle, cet accomplissement est un message puissant envoyé à mon école et aux futurs athlètes : oui, c'est possible. Cela prouve qu'un sportif de haut niveau peut non seulement suivre, mais aussi exceller dans un cursus aussi exigeant.

Cette confiance que nous avons construite ensemble, mon école et moi, ouvre désormais la voie à d'autres. Aujourd'hui, il ne me reste plus que mon stage de fin d'études et ma soutenance pour obtenir mon diplôme. Réunir ma médaille Olympique à Paris 2024 et, je l'espère de tout cœur, ce titre d'ingénieur serait une des plus belles victoires de ma vie, la preuve que l'on peut rêver grand sur tous les terrains.

C'est à vous de rêver grand

Au terme de ce parcours, j'espère vous avoir convaincu d'une chose : le double projet est une épreuve, mais une épreuve que l'on peut remporter. Mon histoire démontre que ce succès repose sur deux piliers : une détermination personnelle inébranlable et un écosystème où tout le monde travaille main dans la main.

Ce qui était perçu comme un projet « incompatible » est finalement devenu le moteur de mon parcours. C'est cette énergie que je souhaite vous transmettre. Ce témoignage est une porte ouverte au dialogue : athlètes, parents, encadrants, je vous invite à partager vos expériences et questions.

"Ne laissez personne vous dire que vous devez choisir. Le plus beau des défis est celui que vous vous fixez vous-même."